
Morgane FUENTES, psychologue à Maison de santé : Vous êtes orthophoniste au sein de la Maison de la santé pluriprofessionnelle du Sor à Sémalens. Pouvez-vous nous dire en quoi consiste l’orthophonie ?
Alice ROSE : L’orthophonie est une profession paramédicale. Elle s’intéresse à la prévention, à l’évaluation et au traitement :
- des troubles de la communication au sens large (voix, parole, langage oral et/ou écrit, raisonnement mathématique) ;
- des altérations des fonctions cognitives et exécutives (mémoire, attention, planification de tâche…) ;
- des altérations de la sphère oro-faciale sur les plans moteur, sensitif et physiologique (dysfonctions linguales, troubles des modes respiratoires, dysphagie, troubles observés dans les paralysies faciales et dysfonctionnements de l’appareil manducateur).
et s’adresse à tous les âges de la vie (du nourrisson présentant des difficultés d’alimentation à l’enfant présentant des troubles durables d’apprentissage par exemple, de l’adulte présentant un problème de voix d’origine professionnelle ou dans le cadre d’un accident de la vie à la personne âgée souffrant de maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson par exemple).
On parle bien de séances de rééducation orthophonique et non pas de cours d’orthophonie. L’orthophonie est une discipline paramédicale qui traite les troubles spécifiques du langage, des apprentissages et/ou les altérations myofonctionnelles et non pas un soutien scolaire.
MF : Pouvez-vous nous parler de votre travail ?
AR : Après 3 années d’exercice en cabinet pluriprofessionnel en Belgique, j’ai exercé à Castres en libéral de 2014 à 2021. J’ai ensuite intégré l’équipe de la maison de santé du Sor en décembre 2021.
En France, pour accéder à l’orthophoniste, il est nécessaire qu’un bilan orthophonique soit prescrit par un médecin. (L’accès direct ne concerne, pour le moment, que les patients suivis par un médecin traitant exerçant au sein de la même maison de santé que l’orthophoniste).
La mention « rééducation si nécessaire » de la prescription médicale permet à l’orthophoniste, suite au bilan, de planifier directement les séances de rééducation. L’assurance maladie du patient rembourse tout ou partie des séances, le reste est pris en charge par la complémentaire santé du patient.
Habituellement, en cabinet libéral, il s’agit souvent de séances hebdomadaires ou bi hebdomadaires s’étalant parfois sur plusieurs années.
A partir de 2020, j’ai commencé à proposer des prises en soin intensives, c’est-à-dire des sessions de 6 semaines au rythme de 4 séances hebdomadaires de 30 minutes comme cela se fait en unité de soins spécialisés, en service de revalidation neurologique par exemple.

MF : Concrètement, qu’est-ce qu’implique une « prise en soin » intensive ?
AR : Dans ma pratique, lorsqu’un traitement initial est mis en place, nous démarrons toujours en intensif quel que soit le motif de consultation ou la pathologie. Ensuite, quand les patients doivent revenir, et selon les situations individuelles, soit nous espaçons les sessions intensives, soit nous baissons le rythme à 2 séances hebdomadaires. Cela permet de maintenir l’assiduité de la personne sur le long terme et de garder le contact car certaines situations ne permettent malheureusement pas de prise d’autonomie.
Bien que contraignant d’un point de vue logistique, ce rythme est plus motivant pour les patients car nous pouvons plus rapidement observer si le traitement mis en place est efficace ou réorienter si ce n’est pas le cas.
MF : Quels sont les motifs de consultations les plus fréquents ?
AR : En tant qu’orthophoniste libérale, j’accueille un public « tout-venant ». Néanmoins, la variété des pathologies comme la vitesse d’évolution des connaissances rendent indispensable la formation continue des orthophonistes. Certains domaines nécessitent de se spécialiser.
Pour ma part, je me suis spécialisée dans la prise en soins des troubles de la cognition mathématique chez l’enfant (dyscalculie = pathologie développementale) et chez l’adulte (acalculie = pathologie acquise AVC, maladies neurodégénératives) et dans la prise en soin des troubles de la voix et des troubles myofonctionnels.
Actuellement, à ma consultation, les motifs de consultation les plus fréquents concernent :
- les apprentissages (langage oral, lecture, orthographe, mathématiques) chez l’enfant ;
- des difficultés mnésiques et/ou exécutives débutantes (attention, planification…), des difficultés concernant la voix (presbyphonie), des troubles de la déglutition, autant de difficultés isolées ou survenus dans le cadre de pathologie acquises (AVC, maladies dégénératives…) chez les seniors ;
- et parfois, des demandes de bilan avec ou sans rééducation pour faciliter l’insertion professionnelle et justifier la mise en place d’aménagements scolaires et/ou professionnels au besoin.
MF : Comment travaillez-vous avec les familles ?
AR : L’idée de la prise en soin intensive est justement de solliciter le moins possible l’entourage pour la pratique quotidienne des exercices au domicile. Ce qui est important c’est la régularité. J’accompagne donc les patients 4 jours sur 7 et je demande à l’entourage, les 3 autres jours, d’accompagner la réalisation des exercices prescrits comme on le ferait pour un traitement médicamenteux : on ne saute pas de jour et on ne double pas la dose en cas d’oubli.
MF : Et dans le cadre des prises en charge des enfants avec l’équipe éducative ?
AR : Concernant les équipes éducatives, je permets aux familles de communiquer mes coordonnées afin d’échanger (avec leur accord) sur le suivi du jeune. Mon intervention en classe se résume à quelques préconisations. Le bilan orthophonique reste un document confidentiel qui ne doit pas figurer au dossier scolaire.
MF : Quel est l’intérêt pour une orthophoniste d’exercer en maison de santé ?
AR : C’est de pouvoir mener un exercice coordonné avec des collègues de d’autres professions (médecins, kinés, psychologue, orthoptiste, nutritionniste, infirmiers…). Grâce aux réunions de concertation, aux différents groupes de travail (fragilité/ICOPE et troubles « dys » en ce qui me concerne) et aux ateliers proposés, nous avons un impact dynamique dans la promotion de la santé et du bien bien-être des enfants et des adultes concernés par les troubles de la communication et du langage.
Interview d’Alice ROSE, orthophoniste réalisée par Morgane FUENTES, psychologue le 27/02/24

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